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Entrevue

Par Daniel St-Pierre

CAUSERIE AVEC MADAME HUGUETTE VIGNEAU
Réalisée et transcrite par Daniel St-Pierre

Bonjour Huguette, merci d’être présente pour cette entrevue. On n’a pas souvent l’occasion de voir qui est derrière le rôle de la directrice, donc merci beaucoup pour ton temps.

Huguette, depuis combien de temps occupes-tu un poste à l’Association ?

« Ça fait 26 ans. »
« 26 ans ? »
« J’ai commencé en mai 1995. »
« Tu as dû en voir passer du monde à l’Association ! »
« Oui, beaucoup de gens que j’ai côtoyés… Chacun m’a apporté quelque chose. Moi j’ai grandi avec… je prends un petit peu de toutes les personnes qui passent, que je côtoie pour avancer dans la vie (rires). »
Donc, en premier lieu, qu’est-ce qui t’a amené à travailler à l’Association ?

« Au fond, moi, j’ai fait un premier retour aux études dans le début des années 1990, parce qu’autrefois je travaillais dans la restauration.

Vers la trentaine d’âge, j’ai fait un premier retour en techniques de travail social au Cégep de Rimouski, et pendant mes études, je me suis impliquée un petit peu à l’Association comme bénévole. Quand j’ai eu terminé mes études au mois de mai 1995, la semaine suivante, le travail m’attendait déjà. Pour les premiers 6 mois, je travaillais 20 heures à l’Association, et… je suis encore là (rires). Donc au fil du temps, je voyais qu’il y avait des besoins et je sentais que je pouvais vraiment apporter quelque chose. Ça faisait un très bon lien avec ce que j’apprenais au cégep. J’ai commencé à travailler et au bout de 10 ans, j’ai fait un retour aux études parce que je m’ennuyais un peu de l’école. Alors, il s’est présenté à moi un BAC en Travail social. J’ai continué de travailler à l’Association en faisant le BAC en travail social les fins de semaine, ce qui m’a permis de valider les choses que je faisais et d’en savoir davantage pour pouvoir l’appliquer dans mon travail. Après avoir fini mon BAC, j’ai continué de travailler à l’Association. Après ça je me suis dit bien là, pour l’école, ça va faire pour un bout de temps, je me suis dit à la maîtrise, je vais essayer de maîtriser ma vie, plutôt que de faire une maîtrise…

Comme je disais, j’ai appris en allant à l’école, mais j’ai aussi, ce qui est intéressant, c’est de mettre les deux ensembles, et les apprentissages scolaires et le terrain, et tout ce que j’ai appris en côtoyant de nombreuses personnes, que ce soit les personnes handicapées visuelles, les bénévoles, les employés et les nombreux collaborateurs aussi. Étant très curieuse, j’ai appris beaucoup de choses, mais j’en ai encore à apprendre (rires). »
Huguette, as-tu un handicap visuel, toi ?

« Bien moi, j’ai une déficience visuelle qui est une dégénérescence maculaire, mais qui est juvénile, de type sèche. C’est très rare que ce soit juvénile, donc ça a commencé à l’âge de 10-12 ans. Ça a diminué tranquillement, et pour ceux qui connaissent bien la dégénérescence maculaire, ça enlève la vision de précision, mais il reste la vision d’ensemble qui est floue. Étant donné que je l’ai eu très tôt comme enfant et que j’ai été très stimulée par mon environnement, j’ai développé beaucoup de capacité à utiliser le résidu visuel que j’ai. Je ne vous dirai pas que ça a toujours été facile, j’ai eu des maux, de la nausée et ça m’arrive encore d’en avoir quand je fais beaucoup d’efforts visuels. Donc, j’ai cette déficience visuelle là. »
Quels impacts ça peut avoir sur ton travail ?

« Bien au quotidien, j’ai dû adapter beaucoup de choses, par exemple je dois utiliser, selon les fonctions que je fais, sois une loupe, une télévisionneuse, et la synthèse vocale, apprendre l’informatique et accepter d’aller moins vite, plus lentement que si je n’avais pas de déficience visuelle. Par contre, ça a eu un impact, j’ai décidé de me servir de ma déficience visuelle. Tant qu’à l’avoir aussi bien s’en servir (rires). Donc, je m’en suis servie pour travailler dans le domaine, et étant obligé de mieux connaître ce que c’est d’avoir une déficience visuelle et de rusher un peu, de l’avoir ça m’a aidée. Bien qu’une personne qui n’a pas de problème visuel peut tout à fait aider une personne avec une déficience visuelle, quand j’arrivais avec des gens et que je leur disais que, moi aussi, j’ai une déficience visuelle, il y a quelque chose qui se passait, qui avait l’impression qu’ils pouvaient se sentir plus compris. Et ça, je l’ai utilisé souvent. Plutôt que de la subir, je l’ai utilisée pour travailler dans un domaine qui a rapport. »
En dehors du travail, à quels passe-temps t’adonnes-tu Huguette ?

« J’en ai quelques-uns, mais principalement la randonnée pédestre. L’hiver, ça se transforme en raquette. Étant donné, justement, que j’avais une déficience visuelle, ça a peut-être un lien parce que je n’ai jamais conduit d’auto, je me suis mise à marcher. La marche quotidienne, c’est devenu comme un besoin pour moi, qui m’aide énormément au niveau de mon équilibre, au niveau du travail et tout ça. En dehors de ça, c’est vraiment la randonnée pédestre, la longue randonnée en montagne ou sur un bord de mer.

L’hiver, la raquette, se promener dans les bois, avec des arbres, c’est comme dans des cartes de Noël, c’est magique. J’ai commencé un petit peu le ski, j’aime faire des voyages aussi, j’ai voyagé un petit peu, mais j’aime préparer mes voyages. J’aime découvrir le monde à travers la lecture aussi. Dans le roman historique, j’adore ça, je suis une passionnée d’histoire… »
Pour terminer, j’aimerais savoir : que contient ta liste de vœux pour l’organisme et ton parcours professionnel ?
« Pour les prochaines années, moi il me reste, si ma santé me le permet, que ça va bien, il me reste quelques années au travail. Après, ce que je souhaite, c’est d’être capable de transmettre une certaine expertise que l’Association a développée, mais aussi l’engagement, que les gens aient du plaisir à travailler à l’Association, parce que ça prend une équipe de travail, avec des conditions acceptables de travail. Au-delà de l’équipe de travail, des employés, c’est aussi de maintenir l’engagement, l’implication des personnes handicapées visuelles, des bénévoles.

J’aimerais aussi faire avancer quelques dossiers, comme l’accès à l’information pour les personnes handicapées visuelles et l’accès aux services de réadaptation. Pour moi, ce sont des dossiers très importants, pour qu’enfin, les personnes qui ont une déficience visuelle, qu’ils l’aient depuis longtemps ou qu’ils viennent de l’avoir, peu importe leur âge, qu’ils puissent vraiment participer à la vie sociale. Peu importe où ils vont vouloir s’impliquer, que ça puisse être accessible. Ça, s’est vraiment travailler là-dedans que je souhaite. »
Et bien merci beaucoup Huguette pour ton temps, ce fut très agréable d’en apprendre un peu plus sur toi, on se revoit en équipe de travail!